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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/389

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« C’est fini ? dit Levine à son frère.

— Cela commence au contraire, répondit celui-ci en souriant : le candidat de l’opposition peut avoir plus de voix. »

Cette finesse avait échappé à Levine ; elle le jeta dans une sorte de mélancolie ; se croyant inutile et inaperçu, il retourna dans la petite salle, y demanda à manger et, pour ne pas rentrer dans la foule, fit un tour dans les tribunes. Elles étaient pleines de dames, d’officiers, de professeurs, d’avocats ; Levine y entendit vanter l’éloquence de son frère ; mais là encore il chercha vainement à comprendre ce qui pouvait ainsi émouvoir et exciter d’honnêtes gens. Las et attristé, il descendit l’escalier, voulant réclamer sa fourrure au vestiaire et partir, lorsqu’on vint encore le chercher pour voter. Le candidat qu’on opposait à Snetkof était ce même Newedowsky dont le refus lui avait semblé si catégorique. C’est lui qui l’emporta, ce dont les uns furent ravis, et d’autres enthousiastes, tandis que le vieux maréchal dissimulait à peine son dépit. Lorsque Newedowsky parut dans la salle, on l’accueillit avec les mêmes acclamations qui tout à l’heure avaient salué le gouverneur et le vieux maréchal lui-même.


CHAPITRE XXXI


Wronsky offrit un grand dîner au nouvel élu et au parti qui triomphait avec lui.

Le comte, en venant assister aux élections,