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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/388

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ser quelque parole insignifiante il lui demanda comment il se faisait que, vivant toujours à la campagne, il ne fût pas juge de paix.

« Parce que les justices de paix me semblent une institution absurde, répondit Levine.

— J’aurais cru le contraire, fit Wronsky étonné.

— À quoi servent les juges de paix. Il ne m’est pas arrivé une fois en huit ans de les voir juger autrement que mal — et il se mit fort maladroitement à citer quelques faits.

— Je ne te comprends pas, dit Serge Ivanitch, lorsque après cette sortie ils quittèrent la salle du buffet pour aller voter. Tu manques absolument de tact politique ; je te vois en bons termes avec notre adversaire Snetkof, et voilà que tu te fais un ennemi du comte Wronsky ! Ce n’est pas que je tienne à son amitié, car je viens de refuser son invitation à dîner, mais il est inutile de se le rendre hostile ! Puis tu fais des questions indiscrètes à Newedowsky…

— Tout cela m’embrouille, et je n’y attache aucune importance, dit Levine d’un air sombre.

— C’est possible ; mais quand tu t’y mets, tu gâtes tout. »

Levine se tut et ils entrèrent dans la grande salle.

Le vieux maréchal s’était décidé à poser sa candidature, bien qu’il sentît le succès incertain et qu’il sût qu’un district ferait opposition.

Au premier tour de scrutin il eut une forte majorité, et entra pour recevoir les félicitations générales au milieu des acclamations de la foule.