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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/381

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avec l’aide de son frère, qu’il s’agissait de valider les droits d’électeur d’un délégué accusé de se trouver sous le coup d’un jugement ; une voix de moins pouvait déplacer la majorité : c’est pourquoi l’agitation était si vive. Levine, péniblement frappé de voir cette irritation haineuse s’emparer d’hommes qu’il estimait, préféra à ce triste spectacle la vue des domestiques qui servaient au buffet dans la petite salle. Il allait adresser la parole à un vieux maître d’hôtel à favoris gris, qui connaissait toute la province, lorsqu’on vint l’appeler pour voter.

Une boule blanche lui fut remise en rentrant dans la grande salle, et il fut poussé vers la table où Swiagesky, l’air important et ironique, présidait aux votes. Levine, déconcerté et ne sachant que faire de sa boule, lui demanda à demi-voix :

« Que faut-il que je fasse ? »

La question était intempestive et fut entendue des personnes présentes ; aussi reçut-elle de Swiagesky cette réponse sévère :

« Ce que vous dicteront vos convictions, » Levine, rouge et embarrassé, déposa son vote, au hasard.

Les nouveaux eurent gain de cause ; le vieux maréchal posa sa candidature, prononça un discours ému, et, acclamé de son parti, se retira les larmes aux yeux. Levine, debout près de la porte de la salle, le vit passer, accablé, mais se hâtant de sortir ; la veille il était allé le trouver pour son affaire de tutelle, et se rappelait l’air digne et res-