Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/379

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les délégués de la noblesse s’étaient divisés en deux groupes, les vieux et les nouveaux ; parmi les vieux on ne voyait que des uniformes passés de mode, courts de taille, serrés aux entournures, comme si leurs possesseurs avaient beaucoup grandi ; quelques uniformes de marine et de cavalerie de très ancienne date s’y remarquaient aussi ; les nouveaux portaient au contraire des uniformes larges d’épaules, longs de taille, des gilets blancs, et parmi eux on distinguait quelques uniformes de cour.

Levine avait suivi son frère dans la petite salle où l’on fumait devant un buffet ; il tâchait de suivre la conversation dont Kosnichef était l’âme, et de comprendre pourquoi deux maréchaux de district hostiles à Snetkof tenaient à lui faire poser sa candidature. Oblonsky, en tenue de chambellan, vint se joindre à ce groupe après avoir déjeuné.

« Nous tenons la position, dit-il en arrangeant ses favoris, après avoir écouté Swiagesky et lui avoir donné raison. Un district suffit, et si Swiagesky s’en mêlait, ce serait de l’affectation. »

Tout le monde semblait comprendre, sauf Levine qui seul n’y entendait rien ; pour s’éclairer il prit le bras de Stépane Arcadiévitch, et lui exprima son étonnement de voir des districts hostiles demander au vieux maréchal de poser sa candidature.

« O sancta simplicitas ! répondit Oblonsky : ne comprends-tu pas que, nos mesures étant prises,