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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/374

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architecturales, puisées dans des livres ou des journaux spéciaux, et l’habituait à la consulter sur toute chose, même sur des questions de sport ou d’élève de chevaux. L’intérêt qu’elle prenait à l’installation de l’hôpital était très sérieux, et elle y apportait des idées personnelles qu’elle savait faire exécuter. Le but de sa vie était de plaire à Wronsky, de lui remplacer ce qu’il avait quitté pour elle, et celui-ci, touché de ce dévouement, savait l’apprécier. À la longue cependant, l’atmosphère de tendresse jalouse dont elle l’enveloppait l’oppressa, et il éprouva le besoin d’affirmer son indépendance ; son bonheur eût été complet, croyait-il, si, chaque fois qu’il voulait quitter la maison, il n’eût éprouvé de la part d’Anna une vive opposition.

Quant au rôle de grand propriétaire auquel il s’était essayé, il y prenait un véritable goût, et se découvrait des aptitudes sérieuses pour l’administration de ses biens. Il savait entrer dans les détails, défendre obstinément ses intérêts, écouter et questionner son intendant allemand sans se laisser entraîner par lui à des dépenses exagérées, accepter parfois les innovations utiles, surtout lorsqu’elles étaient de nature à faire sensation autour de lui ; mais jamais il ne dépassait les limites qu’il s’était tracées. Grâce à cette conduite prudente, et malgré les sommes considérables que lui coûtaient ses bâtisses, l’achat de ses machines et d’autres améliorations, il ne risquait pas de compromettre sa fortune. »