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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/366

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— Tant mieux.

— Mais parle-moi de toi, dit Dolly. J’ai causé avec… ; — elle ne savait comment nommer Wronsky.

— Avec Alexis, oui, et je me doute de votre conversation. Voyons, dis-moi ce que tu penses de moi, de ma vie.

— Je ne puis ainsi te répondre d’un mot.

— Tu n’en peux juger complètement, parce que tu nous vois entourés de monde, tandis qu’au printemps nous étions seuls. Ce serait le bonheur suprême pour moi que de vivre ainsi à deux ! Mais je crains qu’il ne prenne l’habitude de quitter souvent la maison, et alors figure-toi ce que serait la solitude pour moi ! Oh, je sais ce que tu vas dire, ajouta-t-elle en venant s’asseoir auprès de Dolly ; certainement je ne le retiendrai pas de force, mais aujourd’hui ce sont des courses, demain des élections, et moi pendant ce temps… De quoi avez-vous causé ensemble ?

— D’un sujet que j’aurais abordé avec toi sans qu’il m’en parlât : de la possibilité de rendre ta situation régulière. Tu sais ma manière de voir à ce sujet, mais enfin mieux vaudrait le mariage.

— C’est-à-dire le divorce ? Betsy Tverskoï m’a fait la même observation. Ah ! ne crois pas que j’établisse de comparaison entre vous : c’est la femme la plus dépravée qui existe. Enfin, que t’a-t-il dit ?

— Qu’il souffre pour toi et pour lui ; si c’est de l’égoïsme, il vient d’un sentiment d’honneur ;