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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/354

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me retirerai dans ma solitude, mais actuellement, quelque pénible que cela soit, je reste et n’imite pas les autres (elle désignait par là sa sœur, la tante qui avait élevé Anna, et avec laquelle elle vivait dans une constante rivalité). Ils font un ménage parfait, et leur intérieur est si joli, si comme il faut. Tout à fait à l’anglaise. On se réunit le matin au breakfast, et puis on se sépare. Chacun fait ce qu’il veut. On dîne à sept heures. Stiva a eu raison de t’envoyer ; il fera sagement de rester en bons termes avec eux. Le comte est très influent par sa mère. Et puis il est fort généreux. On t’a parlé de l’hôpital ? ce sera admirable ; tout vient de Paris. »

Cette conversation fut interrompue par Anna, qui revint sur la terrasse, suivie des messieurs qu’elle avait trouvés dans la salle de billard.

Le temps était superbe ; les moyens de se divertir ne manquaient pas, et il restait plusieurs heures à passer avant le dîner.

« Une partie de lawn-tennis, proposa Weslowsky.

— Il fait trop chaud ; faisons plutôt un tour dans le parc, et promenons Daria Alexandrovna en bateau pour lui montrer le paysage », dit Wronsky.

Weslowsky et Toushkewitch allèrent préparer le bateau, et les deux dames, accompagnées du comte et de Swiagesky, suivirent les allées du parc.

Dolly, loin de jeter la pierre à Anna, était disposée à l’approuver, et, ainsi qu’il arrive aux femmes irréprochables que l’uniformité de leur vie lasse quelquefois, elle enviait même un peu cette existence coupable, entrevue à distance ; mais, trans-