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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/351

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que le reste de la maison. Les procédés les plus nouveaux pour apprendre aux enfants à ramper et à marcher, les baignoires, balançoires, petites voitures, tout y était neuf, anglais, et visiblement coûteux.

L’enfant en chemise, assise dans us fauteuil et servie par une fille de service russe, qui partageait probablement son repas, mangeait une soupe dont toute sa petite poitrine était mouillée ; ni la bonne ni la nourrice n’étaient présentes ; on entendait dans la pièce voisine le jargon français qui leur permettait de se comprendre.

La bonne anglaise parut dès qu’elle entendit la voix d’Anna et se répandit en excuses, quoiqu’on ne lui adressât aucun reproche. C’était une grande femme à boucles blondes, qu’elle agitait en parlant, d’une physionomie mauvaise, qui déplut à Dolly ; à chaque mot d’Anna, elle répondait : « Yes, mylady ».

Quant à l’enfant, ses cheveux noirs, son air de santé et son amusante façon de ramper firent la conquête de Daria Alexandrovna ; sa robe retroussée par derrière, ses beaux yeux regardant les spectatrices d’un air satisfait, comme pour leur prouver qu’elle était sensible à leur admiration, la petite fille avançait énergiquement à l’aide des pieds et des mains, semblable à un joli animal.

Mais l’atmosphère de la nursery avait quelque chose de déplaisant ; comment Anna pouvait elle garder une bonne d’un extérieur aussi peu « respectable » ? Cela tenait-il à ce qu’aucune personne