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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/350

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tant qu’elle put sur le compte de sa chère dame et de la tendresse du comte, malgré les efforts de Dolly pour l’arrêter.

« J’ai été élevée avec Anna Arcadievna, et l’aime plus que tout au monde ; il ne m’appartient pas de la juger, et le comte est un mari… »

L’entrée d’Anna en robe de batiste d’une coûteuse simplicité mit un terme à ces épanchements ; Anna avait repris possession d’elle-même et semblait se retrancher derrière un ton calme et indifférent.

« Comment va ta fille ? lui demanda Dolly.

— Anny ? très bien, veux-tu la voir ? Je te la montrerai. Nous avons eu bien des ennuis avec sa nourrice italienne, une brave femme, mais si bête ! Cependant, comme la petite lui est très attachée, il a fallu la garder.

— Mais qu’avez-vous fait… ? commença Dolly, voulant demander le nom que portait l’enfant ; elle s’arrêta en voyant le visage d’Anna s’assombrir. L’avez-vous sevrée ?

— Ce n’est pas là ce que tu voulais dire, répondit celle-ci, comprenant la réticence de sa belle-sœur, tu pensais au nom de l’enfant, n’est-ce pas ? Le tourment d’Alexis, c’est qu’elle n’en a pas d’autre que celui de Karénine ; — et elle ferma les yeux à demi, une nouvelle habitude que Dolly ne lui connaissait pas. — Nous reparlerons de tout cela, viens que je te la montre. »

La « nursery », une chambre haute, spacieuse et bien éclairée, était organisée avec le même luxe