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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/344

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jeune femme, puis, après un regard jeté sur la vieille calèche, il offrit aux dames de monter en tilbury.

« Je prendrai ce véhicule pour rentrer, et la princesse vous ramènera parfaitement ; elle conduit très bien.

— Oh non, interrompit Anna, restez où vous êtes, je rentrerai avec Dolly. »

Jamais Daria Alexandrovna n’avait rien vu d’aussi brillant que ces chevaux et cet équipage ; mais ce qui la frappa plus encore, ce fut l’espèce de transfiguration d’Anna, qu’un œil moins affectueusement observateur que le sien n’eût peut-être pas remarquée ; pour elle, Anna resplendissait de l’éclat de cette beauté fugitive que donne à une femme la certitude d’un amour partagé ; toute sa personne, depuis les fossettes de ses joues et le pli de sa lèvre, jusqu’à son ton amicalement brusque lorsqu’elle permit à Weslowsky de monter son cheval, respirait une séduction dont elle semblait avoir conscience.

Les deux femmes éprouvèrent un moment de gêne quand elles furent seules. Anna se sentait mal à l’aise sous le regard questionneur de Dolly, et celle-ci, depuis la réflexion de Swiagesky, était confuse de la pauvreté de son équipage. Les hommes sur le siège partageaient cette impression, mais Philippe, le cocher, résolu de protester, eut un sourire ironique en examinant le trotteur noir attelé au tilbury : « Cette bête-là pouvait être bonne pour le « promenage », mais incapable de fournir qua-