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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/337

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serait, tu m’affligerais plus encore en te servant d’autres chevaux que des miens ; ceux qu’on te louera ne pourront jamais faire 70 verstes d’une traite. »

Dolly finit par se soumettre, et au jour indiqué, Levine lui ayant fait préparer un relais à mi-chemin, elle se mit en route, sous la protection du teneur de livres, qu’on avait, pour plus de sécurité, placé près du cocher en guise de valet de pied. L’attelage n’était pas beau, mais capable de fournir une longue course, et Levine, outre qu’il accomplissait un devoir d’hospitalité, économisait ainsi à Dolly une dépense lourde dans l’état actuel de ses finances.

Le jour commençait à poindre quand Daria Alexandrovna partit ; bercée par l’allure régulière des chevaux, elle s’assoupit, et ne se réveilla qu’au relais ; là elle prit du thé chez le riche paysan où Levine, en allant chez Swiagesky, s’était autrefois arrêté, et, après s’être reposée en bavardant avec le vieillard et les jeunes femmes, elle continua son voyage.

Dolly, dans sa vie occupée et absorbée par ses devoirs maternels, avait peu le temps de réfléchir ; aussi cette course solitaire de quatre heures lui fournit-elle une rare occasion de méditer sur son passé et de le considérer sous ses différents aspects.

Elle pensa d’abord à ses enfants, recommandés aux soins de sa mère et de sa sœur (c’était sur celle-ci qu’elle comptait particulièrement). « Pourvu que Macha ne fasse plus de sottises, que Gricha n’aille pas attraper quelque coup de pied de cheval, et