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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/335

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appris de Weslowsky qu’il était chassé. Quelle mouche t’a piquée ? Si ce jeune homme… »

La place piquée se trouvait encore si sensible que Levine interrompit son beau-frère dans les explications qu’il voulait lui donner.

« Ne prends pas la peine de disculper ce jeune homme ; je suis désolé, aussi bien à cause de toi que de lui, mais il se consolera facilement, tandis que pour ma femme et pour moi sa présence devenait intolérable.

— Jamais je ne t’aurais cru capable d’une action semblable ; on peut être jaloux, mais pas à ce point ! »

Levine lui tourna le dos, et continua à marcher dans l’allée, en attendant le départ. Bientôt il entendit un bruit de roues, et vit passer au travers des arbres Vassinka assis sur du foin (le tarantass n’avait pas même de siège), les rubans de son béret flottant derrière lui à la moindre secousse.

« Qu’est-ce encore ? » pensa Levine voyant le domestique sortir en courant de la maison pour arrêter la véhicule : c’était afin d’y placer le mécanicien qu’on avait oublié, et qui prit place, en saluant, auprès de Vassinka.

Serge Ivanitch et la princesse furent outrés de la conduite de Levine ; lui-même se sentait ridicule au suprême degré ; mais, en songeant à ce que Kitty et lui avaient souffert, il s’avoua qu’au besoin il eût recommencé. On se retrouva le soir avec une recrudescence de gaieté, comme des enfants après une punition, ou des maîtres de maison au lendemain d’une réception officielle pénible ; chacun se