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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/331

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« Mais c’est un martyre qu’une existence pareille ! pourquoi souffrons-nous ainsi, qu’ai-je fait ? dit-elle lorsqu’ils eurent atteint un banc dans une allée isolée.

— Avoue que son attitude avait quelque chose de blessant, d’inconvenant ? lui demanda Levine, serrant sa poitrine à deux mains comme l’avant-veille.

— Oui… répondit-elle, d’une voix tremblante, mais ne vois-tu pas, Kostia, que ce n’est pas ma faute ? J’avais voulu dès le matin le remettre à sa place… Mon Dieu, pourquoi sont-ils tous venus ! nous étions si heureux ! » Et les sanglots étouffèrent sa voix.

Le jardinier, quand il les revit peu après avec des visages calmes et heureux, ne comprit pas ce qui avait pu se passer de joyeux sur ce banc isolé.


CHAPITRE XV


Sa femme rentrée dans son appartement, Levine se rendit chez Dolly et la trouva très excitée, arpentant sa chambre de long en large, et grondant la petite Macha, qui, debout dans un coin, pleurait à chaudes larmes.

« Tu resteras là toute la journée, sans dîner, sans poupées, et tu n’auras pas de robe neuve, disait-elle, à bout de châtiments.

— Qu’a-t-elle fait ? demanda. Levine, contrarié d’arriver mal à propos, car il voulait consulter sa belle-sœur.