Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/320

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— C’est un brave garçon, n’est-ce pas ? dit Oblonsky à Levine quand Vassinka et le paysan furent sortis.

— Oui, — répondit Levine, suivant toujours le fil de sa pensée : comment se faisait-il que deux hommes sincères et intelligents l’accusassent de sophisme alors qu’il exprimait ses sentiments aussi clairement que possible ?

— Quoi qu’on fasse, reprit Oblonsky, il faut prendre son parti et reconnaître soit que la société a raison, soit qu’on profite de privilèges injustes, et, dans ce dernier cas, faire comme moi : en profiter avec plaisir.

— Non, si tu sentais l’iniquité de ces privilèges, tu n’en jouirais pas ; moi du moins, je ne le pourrais pas.

— Au fait, pourquoi n’irions-nous pas faire un tour ? dit Stépane Arcadiévitch, fatigué de cette conversation. Allons-y, puisque nous ne dormons pas.

— Non, je reste.

— Est-ce aussi par principe ? demanda Oblonsky, cherchant sa casquette à tâtons.

— Non, mais qu’irais-je faire là-bas ?

— Tu es dans une mauvaise voie, dit Stépane Arcadiévitch ayant trouvé ce qu’il cherchait.

— Pourquoi ?

— Parce que tu prends un mauvais pli avec ta femme. J’ai remarqué l’importance que tu attachais à obtenir son autorisation pour t’absenter pendant deux jours. Cela peut être charmant à titre d’idylle, mais cela ne peut durer. L’homme doit maintenir