Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/318

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Non, mais il n’en a pas moins un résultat, — des chemins de fer. Il est vrai que tu ne les approuves pas.

— Ceci est une autre question, mais je maintiens que lorsque la rémunération est en disproportion avec le travail, elle est malhonnête. — Ces fortunes sont scandaleuses. Le roi est mort, vive le roi ; nous n’avons plus de fermes, mais les chemins de fer et les banques y suppléent.

— Tout cela peut être vrai, mais qui peut tracer la limite exacte du juste et de l’injuste ? Pourquoi, par exemple, mes appointements sont-ils plus forts que ceux de mon chef de bureau, qui connaît les affaires mieux que moi ?

— Je ne sais pas.

— Pourquoi gagnes-tu, disons cinq mille roubles, là où, avec plus de travail, notre hôte, le paysan, en gagne cinquante ? Et pourquoi Malthus ne gagnerait-il pas plus que ses piqueurs ? Au fond, je ne puis m’empêcher de croire que la haine qu’inspirent ces millionnaires tient simplement à de l’envie.

— Vous allez trop loin, interrompit Weslowsky ; on ne leur envie pas leurs richesses, mais on ne peut se dissimuler qu’elles ont un côté ténébreux.

— Tu as raison, reprit Levine, en taxant d’injustes mes cinq mille roubles de bénéfice : j’en souffre.

— Mais pas au point de donner ta terre au paysan, dit Oblonsky qui, depuis quelque temps, lançait volontiers des pointes à son beau-frère, avec lequel, depuis qu’ils faisaient partie de la même fa-