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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/298

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manda-t-elle, tournant son aimable visage souriant vers lui.

— Rien du tout », répondit-il.

Après avoir indiqué les bons endroits aux enfants, elle se leva et rejoignit Serge ; ils firent silencieusement quelques pas ; Warinka, étouffée par l’émotion, se doutait de ce que Kosnichef avait sur le cœur. Tout à coup, quoiqu’elle n’eût guère envie de parler, elle rompit le silence pour dire presque involontairement :

« Si vous n’avez rien trouvé, c’est qu’il y a toujours moins de champignons dans l’intérieur du bois que sur la lisière. »

Kosnichef soupira sans répondre, cette phrase insignifiante lui déplaisait ; ils continuèrent à marcher, s’éloignant toujours plus des enfants. Le moment était propice pour une explication, et Serge Ivanitch, en voyant l’air troublé et les yeux baissés de la jeune fille, s’avoua même qu’il l’offensait en se taisant ; il s’efforça de se rappeler ses réflexions sur le mariage, mais, au lieu des paroles qu’il avait préparées, il demanda :

« Quelle différence y a-t-il entre un cèpe et un mousseron ? »

Les lèvres de Warinka tremblèrent en répondant :

« Il n’y a de différence que dans le pied. » Tous deux sentirent que c’en était fait ; les mots qui devaient les unir ne seraient pas prononcés, et l’émotion violente qui les agitait se calma peu à peu.