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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/293

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dans la glacière. Quant à vos salaisons, maman assure n’en avoir jamais mangé de meilleures, ajouta-t-elle, ajustant en souriant le fichu dénoué de la ménagère.

— Ne me consolez pas, madame, répondit Agathe Mikhaïlovna regardant Kitty d’un air encore fâché, il me suffit de vous voir avec lui pour être contente. »

Cette façon familière de désigner son maître toucha Kitty.

« Venez nous montrer les bons endroits pour trouver des champignons. » La vieille hocha la tête en souriant. « On voudrait vous garder rancune qu’on ne le pourrait pas », semblait dire ce sourire.

« Suivez mon conseil, mettez au-dessus de chaque pot de confiture un rond de papier imbibé de rhum, et vous n’aurez pas besoin de glace pour les conserver », dit la princesse.


CHAPITRE III


Kitty avait remarqué le mécontentement passager qui s’était si vivement traduit dans la physionomie de son mari : aussi fut-elle bien aise de se trouver un moment seule avec lui. Ils prirent les devants sur la route poudreuse, toute semée d’épis et de grains, et Levine oublia vite l’impression pénible qu’il avait éprouvée, pour jouir du sentiment pur et encore si nouveau de la présence