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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/277

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ment, ôte sa fourrure, et la voilà devant tout le monde ! Toushkewitch, Yavshine, la princesse Barbe ! Eh bien, et moi ? ai-je peur ? ou ai-je donné à Toushkewitch le droit de la protéger ? De quelque façon qu’on s’y prenne, c’est absurde, c’est absurde ! Et pourquoi me met-elle dans cette sotte position ? » dit-il avec un geste désolé. Ce mouvement accrocha le guéridon sur lequel était posé le plateau avec le cognac et l’eau de Seltz, et faillit le faire tomber ; Wronsky, en voulant le rattraper, le renversa complètement : il sonna et donna un coup de pied à la table.

« Si tu veux rester chez moi, n’oublie pas ton service, dit-il au valet de chambre qui parut ; que ceci n’arrive plus, pourquoi n’es-tu pas venu emporter cela ? »

Le valet de chambre, se sentant innocent, voulut se justifier, mais un coup d’œil sur son maître lui prouva qu’il valait mieux se taire ; et, s’excusant bien vite, il s’agenouilla sur le tapis pour relever les débris des verres et des carafes.

« Ce n’est pas ton affaire, appelle un garçon, et prépare mon habit. » Il sonna, fit apporter son habit, et à neuf heures et demie il entrait à l’Opéra. Le spectacle était commencé.

Le « Kapelldiener » ôta à Wronsky sa pelisse, et, en le reconnaissant, l’appela « Votre Excellence ».

Le corridor était vide, sauf deux valets de pied tenant des fourrures et écoutant aux portes ; on entendait l’orchestre accompagnant avec soin une voix de femme : la porte s’entr’ouvrit pour donner