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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/274

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et mettant tranquillement un long gant parfumé.

— Anna, au nom du ciel ! qu’est-ce qui vous prend ?… lui dit-il, cherchant à la réveiller, comme l’avait tenté naguère plus d’une fois son mari.

— Je ne comprends pas ce que vous me voulez.

— Vous savez bien que vous ne pouvez pas y aller.

— Pourquoi ? Je n’y vais pas seule ; la princesse a été changer de toilette et m’accompagnera. »

Il leva les épaules, découragé.

« Ne savez-vous donc pas… ? commença-t-il.

— Mais je ne veux rien savoir ! dit-elle, presque en criant, Je ne le veux pas, je ne me repens en rien de ce que j’ai fait ; non, non, et non : si c’était à recommencer, je recommencerais. Il n’y a qu’une chose importante pour vous et moi, c’est de savoir si nous nous aimons. Le reste est sans valeur. Pourquoi vivons-nous ici séparés ? Pourquoi ne puis-je aller où bon me semble ? Je t’aime, et tout m’est égal, dit-elle en russe avec un regard particulier et pour lui incompréhensible, si tu n’es pas changé à mon égard ; pourquoi ne me regardes-tu pas ? »

Il la regarda, il vit sa beauté et la parure qui lui allait si bien ; mais cette beauté et cette élégance étaient précisément ce qui l’irritait.

« Vous savez bien que mes sentiments ne sauraient changer ; mais je vous supplie de ne pas sortir », lui dit-il encore en français, l’œil froid, mais d’une voix suppliante.

Elle ne remarqua que le regard et répondit d’un air fâché :