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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/268

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séparée de lui, moralement aussi bien que matériellement, et à cette situation elle ne voyait pas de remède !

Après avoir rendu la petite à sa nourrice et les avoir congédiées, Anna ouvrit un médaillon contenant le portrait de Serge au même âge que sa sœur, puis elle chercha d’autres portraits de lui dans un album : la dernière, la meilleure photographie, représentait Serge à cheval sur une chaise, en blouse blanche, la bouche souriante, les sourcils un peu froncés ; la ressemblance était parfaite. Elle voulut, de ses doigts nerveux, tirer le portrait de l’album pour le comparer avec d’autres, mais elle n’y parvenait pas. Pour dégager la carte de son cadre, elle la poussa à l’aide d’une autre photographie prise au hasard.

C’était un portrait de Wronsky fait à Rome, en cheveux longs et chapeau mou.

« Le voilà », se dit-elle et, en le regardant, elle se rappela soudain qu’il était l’auteur de toutes ses souffrances.

Elle n’avait pas pensé à lui de toute la matinée, mais la vue de ce mâle et noble visage, qu’elle connaissait et aimait tant, fit monter un flot d’amour à son cœur.

« Où est-il ? Pourquoi me laisse-t-il seule ainsi en proie à ma douleur ? » se demanda-t-elle avec amertume, oubliant qu’elle lui dissimulait avec soin tout ce qui concernait son fils. Aussitôt elle l’envoya prier de monter, et attendit, le cœur serré, les paroles de tendresse dont il chercherait à la con-