Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/255

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dit-il, s’assombrissant de plus en plus, je regrette notre amitié brisée, ou du moins bien atteinte, car tu dois comprendre que tel sera pour nous l’inévitable résultat. »

Il la quitta sur ces mois, et, comprenant enfin l’inutilité de nouvelles tentatives. Il résolut de se considérer comme dans une ville étrangère et d’éviter toute occasion de froissements nouveaux.

Une des choses qui lui furent le plus pénible fut d’entendre partout son nom associé à celui d’Alexis Alexandrovitch ; chaque conversation finissait par rouler sur Karénine, et s’il sortait, c’était encore lui qu’il rencontrait, ou du moins il se le figurait, comme une personne affligée d’un doigt malade croit le heurter à tous les meubles.

D’autre part, l’attitude d’Anna le chagrinait ; il la voyait dans une disposition morale étrange, incompréhensible, qu’il ne lui connaissait pas ; tour à tour tendre et froide, elle était toujours irritable et énigmatique. Évidemment quelque chose la tourmentait, mais, au lieu d’être sensible aux froissements dont Wronsky souffrait douloureusement, et qu’avec sa finesse de perception ordinaire elle aurait dû ressentir comme lui, elle paraissait uniquement préoccupée de dissimuler ses soucis, et parfaitement indifférente au reste.


CHAPITRE XXIX


La pensée dominante d’Anna, en rentrant à Pétersbourg, était d’y voir son fils : possédée de cette