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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/252

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le reçurent comme d’habitude, le questionnèrent sur son voyage, causèrent d’amis communs, mais ne firent aucune allusion à Anna. Son frère, en lui rendant visite le lendemain, fut le premier à parler d’elle. Alexis Wronsky saisit l’occasion pour lui expliquer qu’il considérait la liaison qui l’unissait à Mme Karénine comme un mariage : ayant le ferme espoir d’obtenir un divorce qui régulariserait leur situation, il désirait que leur mère et sa belle-sœur comprissent ses intentions.

« Le monde peut ne pas m’approuver, cela m’est indifférent, ajouta-t-il, mais si ma famille tient à rester en bons termes avec moi, il est nécessaire qu’elle entretienne des relations convenables avec ma femme. »

Le frère aîné, toujours fort respectueux des opinions de son cadet, laissa le monde résoudre cette question délicate, et se rendit sans protester chez Mme Karénine avec Alexis.

Malgré son expérience du monde, Wronsky tombait dans une étrange erreur : lui, qui mieux qu’un autre, devait comprendre que la société leur resterait fermée, il se figura, par un bizarre effet d’imagination, que l’opinion publique, revenue d’antiques préjugés, avait dû subir l’influence du progrès général. « Sans doute, il ne faut pas compter sur le monde officiel, pensait-il, mais nos parents, nos amis, comprendront les choses telles qu’elles sont. »

Une des premières femmes du monde qu’il rencontra fut sa cousine Betsy. « Enfin, s’écria-t-elle joyeusement ! et Anna ? Où êtes-vous descendus ?