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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/247

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main blanche, couverte de bagues. Plus tard, la vieille bonne lui apprit, par hasard, que sa mère vivait, mais que son père et la comtesse disaient le contraire parce qu’elle était devenue méchante ; ceci parut encore plus invraisemblable à Serge, qui l’attendit et la chercha de plus belle. Ce jour-là, au Jardin d’été, il avait aperçu une dame en voile lilas, et son cœur battit bien fort lorsqu’il lui vit prendre le même sentier que lui ; puis tout à coup la dame avait disparu. Serge sentait sa tendresse pour sa mère plus vive que jamais, et, les yeux brillants, regardait devant lui en tailladant la table de son canif.

« Voilà papa qui vient ! » lui dit Wassili Loukitch.

Serge sauta de sa chaise, courut baiser la main de son père, et chercha quelque signe de satisfaction sur son visage à propos de sa décoration.

« As-tu fait une bonne promenade ? » demanda Alexis Alexandrovitch, s’asseyant dans un fauteuil et ouvrant un volume de l’Ancien Testament.

Quoiqu’il eût souvent dit à Serge que tout chrétien devait connaître l’Ancien Testament imperturbablement, il avait souvent besoin de consulter le livre pour ses leçons, et l’enfant s’en apercevait.

« Oui, papa, je me suis beaucoup amusé, dit Serge s’asseyant de travers et balançant sa chaise, chose défendue. J’ai vu Nadinka (une nièce de la comtesse que celle-ci élevait) et elle m’a dit qu’on vous avait donné une nouvelle décoration. En êtes-vous content, papa ?