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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/238

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d’autres ne pensent pas de même : j’ai reçu une lettre d’elle. Elle est ici, à Pétersbourg. »

Alexis Alexandrovitch tressaillit, mais son visage prit aussitôt l’expression de mortelle immobilité qui indiquait son impuissance absolue à traiter un pareil sujet.

« Je m’y attendais, » dit-il.

La comtesse le regarda avec exaltation, et devant cette grandeur d’âme des larmes d’admiration jaillirent de ses yeux.


CHAPITRE XXV


Lorsque Alexis Alexandrovitch entra dans le boudoir de la comtesse Lydie, décoré de portraits et de vieilles porcelaines, il n’y trouva pas son amie. Elle changeait de toilette.

Sur une table ronde était posé un service à thé chinois près d’une bouilloire à esprit-de-vin.

Alexis Alexandrovitch examina les innombrables cadres qui ornaient la chambre, s’assit près d’une table et y prit un Évangile.

Le frôlement d’une robe de soie vint le distraire.

« Enfin, nous allons être un peu tranquilles, dit la comtesse en se glissant avec un sourire ému, entre la table et le divan ; nous pourrons causer en prenant notre thé. »

Après quelques paroles destinées à le préparer, elle tendit, en rougissant, le billet d’Anna à Karénine.

Il lut, et garda longtemps le silence.