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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/232

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impossible lorsque je songe à la grandeur d’âme de celui à qui il appartient de décider. Vous ne sauriez imaginer ma soif de revoir mon enfant, ni par conséquent comprendre l’étendue de ma reconnaissance pour l’appui que vous voudrez bien me prêter dans cette circonstance.

« Anna. »

Tout dans ce billet irrita la comtesse Lydie : son contenu, les allusions à la grandeur d’âme de Karénine, et surtout le ton d’aisance qui y régnait.

« Dites qu’il n’y a pas de réponse » ; et, ouvrant aussitôt son buvard, elle écrivit à Karénine qu’elle espérait bien le rencontrer vers une heure au Palais ; c’était jour de fête : on allait féliciter la famille impériale.

« J’ai besoin de vous entretenir d’une affaire grave et triste ; nous conviendrons au Palais du lieu où je pourrai vous voir. Le mieux serait chez moi, où je ferai préparer votre thé. C’est indispensable. Il nous impose sa croix, mais Il nous donne aussi la force de la porter », ajouta-t-elle pour le préparer dans une certaine mesure.

La comtesse écrivait de deux à trois billets par jour à Alexis Alexandrovitch ; elle aimait ce moyen, à la fois élégant et mystérieux, d’entretenir avec lui des rapports que la vie habituelle rendait trop simples à son gré.