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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/227

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avec plaisir, sans la contredire, même intérieurement.

« Je vous suis bien reconnaissant pour vos paroles et vos promesses », dit-il quand elle eut fini de prier.

La comtesse serra encore la main de son ami.

« Maintenant je me mets à l’œuvre, dit-elle, effaçant en souriant les traces de larmes sur son visage. Je vais voir Serge, et ne m’adresserai à vous que dans les cas graves. »

La comtesse Lydie se leva et se remit auprès de l’enfant ; là, tout en baignant de ses larmes les joues du petit garçon effrayé, elle lui apprit que son père était un saint, et que sa mère était morte.

La comtesse remplit sa promesse et se chargea effectivement des détails du ménage, mais elle n’avait rien exagéré en avouant son incapacité pratique. Ses ordres ne pouvaient raisonnablement s’exécuter, aussi ne s’exécutaient-ils pas, et le gouvernement de la maison tomba insensiblement entre les mains du valet de chambre Korneï. Celui-ci habitua peu à peu son maître à écouter, pendant sa toilette, les rapports qu’il jugeait utile de lui faire. L’intervention de la comtesse n’en fut pas moins utile ; son affection et son estime furent pour Karénine un soutien moral, et, à sa grande consolation, elle parvint presque à le convertir ; du moins changea-t-elle sa tiédeur en une chaude et ferme sympathie pour l’enseignement chrétien tel qu’il se répandait depuis peu à Pétersbourg. Cette conversion ne fut pas difficile.