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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/219

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« Pas encore… Bientôt… »

Une minute après, le visage s’éclaircit ; un sourire se dessina sous la moustache, et les femmes s’empressèrent de commencer la dernière toilette.

Toute l’horreur de Levine pour la terrible énigme de la mort se réveilla avec la même intensité que pendant la nuit d’automne où son frère était venu le voir. Plus que jamais il comprit son incapacité à sonder ce mystère, et la terreur de le sentir si près de lui et si inévitable. La présence de sa femme l’empêcha de tomber dans le désespoir, car malgré ses terreurs il éprouvait le besoin de vivre et d’aimer. L’amour seul le sauvait et devenait d’autant plus fort et plus pur qu’il était menacé. Et à peine eut-il vu s’accomplir ce mystère de mort, qu’auprès de lui un autre miracle d’amour et de vie, également insondable, s’accomplit à son tour.

Le docteur déclara que Kitty était enceinte.


CHAPITRE XXI


Dès que Karénine eut compris, grâce à Betsy et à Oblonsky, que tous, et Anna la première, attendaient de lui qu’il délivrât sa femme de sa présence, il se sentit absolument troublé : incapable d’une décision personnelle, il remit son sort entre les mains de tiers trop heureux d’avoir à s’en mêler, et fut prêt à accepter tout ce qu’on lui proposa.

Il ne revint à la réalité qu’au lendemain du départ d’Anna, lorsque l’Anglaise lui fit demander si elle