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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/217

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sensations qui jadis, après avoir été souffrance ou privation, lui causaient une certaine jouissance, n’étaient plus que douleur ; il ne pouvait aspirer qu’à être débarrassé du principe même de ses maux, de son corps torturé ; sans trouver de paroles pour exprimer ce désir, il continuait, par habitude, à réclamer ce qui le satisfaisait autrefois. « Couchez-moi sur l’autre côté », demandait-il, et, aussitôt couché, il voulait revenir à sa position première. « Donnez-moi du bouillon. Remportez-le. Racontez quelque chose au lieu de vous taire » ; et sitôt qu’on parlait, il reprenait une expression de fatigue, d’indifférence et de dégoût.

Kitty tomba malade une dizaine de jours après son arrivée, et le docteur déclara que c’était l’effet des émotions et de la fatigue ; il prescrivit le calme et le repos. Elle se leva cependant après le dîner et se rendit, comme d’habitude, chez le malade avec son ouvrage. Nicolas la regarda sévèrement et sourit avec dédain quand elle lui dit avoir été souffrante. Toute la journée il ne cessa de se moucher et de gémir plaintivement.

« Comment vous sentez-vous ? lui demanda-t-elle.

— Plus mal, répondit-il avec peine. Je souffre.

— Où souffrez-vous ?

— Partout.

— Vous verrez que cela finira aujourd’hui, » dit Marie Nicolaevna à voix basse.

Levine la fit taire, croyant que son frère, dont l’ouïe était très sensible, pourrait l’entendre ; il