Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/187

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


plus puérile suffisait à provoquer une mésintelligence, dont la cause leur échappait ensuite. Chacun d’eux tiraillait de son côté la chaîne qui les liait, et cette lune de miel, dont Levine attendait des merveilles, ne leur laissa, en réalité, que des souvenirs pénibles. Tous deux cherchèrent par la suite à effacer de leur mémoire les mille incidents regrettables, presque ridicules, de cette période pendant laquelle ils se trouvèrent si rarement dans un état d’esprit normal.

La vie ne devint plus régulière qu’à leur retour de Moscou, où ils firent un court séjour dans le troisième mois qui suivit leur mariage.


CHAPITRE XV


Ils étaient rentrés chez eux et jouissaient de leur solitude. Levine, installé à son bureau, écrivait ; Kitty, vêtue d’une robe violette, chère à son mari, parce qu’elle l’avait portée dans les premiers jours de leur mariage, faisait de la broderie anglaise, assise sur le grand divan de cuir qui meublait la cabinet de travail, comme du temps du grand-père et du père de Levine. Celui-ci jouissait de la présence de sa femme tout en réfléchissant et en écrivant ; ses travaux sur la transformation des conditions agronomiques de la Russie n’avaient pas été abandonnés ; mais s’ils lui avaient paru misérables jadis, comparés à la tristesse qui assombrissait sa vie, maintenant, en plein bonheur, il les trouvait insignifiants. Autrefois l’étude lui était apparue