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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/177

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— En cherchant, on trouverait bien autre chose. L’art, selon moi, ne souffre pas la discussion ; or cette question se pose devant le tableau d’Ivanof : est-ce un Dieu ? et l’unité de l’impression se trouve ainsi détruite.

— Pourquoi cela ? Il me semble que cette question ne peut plus se poser pour des hommes éclairés », répondit Mikhaïlof.

Golinitchef n’était pas de cet avis et, fort de son idée, battit le peintre dans une discussion où celui-ci ne sut pas se défendre.


CHAPITRE XII


Anna et Wronsky, regrettant le bavardage savant de leur ami, échangeaient des regards ennuyés ; ils prirent enfin le parti de continuer seuls la visite de l’atelier, et s’arrêtèrent devant un petit tableau.

« Quel bijou ! c’est charmant ! dirent-ils tous deux d’une même voix.

— Qu’est-ce qui leur plaît tant ! » pensa Mikhaïlof. Il avait complètement oublié ce tableau, fait depuis trois ans. Une fois une toile achevée, il ne la regardait plus volontiers, et n’avait exposé celle-ci que parce qu’un Anglais désirait l’acheter.

— Ce n’est rien ; une ancienne étude, dit-il.

— Mais c’est excellent ! » reprit Golinitchef, subissant très sincèrement le charme du tableau.

Deux enfants pêchaient à la ligne à l’ombre d’un cytise. L’aîné, tout absorbé, retirait prudemment