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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/169

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CHAPITRE X


Mikhaïlof était au travail, comme toujours, quand on lui remit les cartes du comte Wronsky et de Golinitchef. La matinée s’était passée à peindre dans son atelier, mais, en rentrant chez lui, il s’était mis en colère contre sa femme, qui n’avait pas su s’arranger avec une propriétaire exigeante.

« Je t’ai dit vingt fois de ne pas entrer en discussion avec elle. Tu es une sotte achevée, mais tu l’es triplement quand tu te lances dans des explications italiennes.

— Pourquoi ne songes-tu pas aux arriérés ? ce n’est pas ma faute, à moi : si j’avais de l’argent…

— Laisse-moi la paix, au nom du ciel ! – cria Mikhaïlof, la voix pleine de larmes, et il se retira dans sa chambre de travail, séparée par une cloison de la pièce commune, en ferma la porte à clef, et se boucha les oreilles. – Elle n’a pas le sens commun ! » se dit-il, s’asseyant à sa table et se mettant avec ardeur à la tâche.

Jamais il ne faisait de meilleure besogne que lorsque l’argent manquait, et surtout lorsqu’il venait de se quereller avec sa femme. Il avait commencé l’esquisse d’un homme en proie à un accès de colère ; ne la retrouvant pas, il rentra chez sa femme, l’air bourru, sans la regarder, et demanda à l’aîné des enfants le dessin qu’il leur avait donné. Après bien des recherches, on le trouva, sali, couvert de taches