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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/166

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dans cette même ville, dénué de secours et d’encouragements. L’article blâmait sévèrement le gouvernement et l’Académie d’abandonner ainsi un artiste de talent.

« Je le connais, répondit Golinitchef ; il ne manque certainement pas de mérite, mais ses tendances sont absolument fausses. Ce sont toujours ces conceptions du Christ et de la vie religieuse à la façon d’Ivanof, Strauss, Renan.

— Quel est le sujet du tableau ? demanda Anna.

— Le Christ devant Pilate. Le Christ est un Juif de la nouvelle école réaliste la plus pure. »

Et cette question touchant à un de ses sujets favoris, Golinitchef continua à développer ses idées :

« Je ne comprends pas qu’ils puissent tomber dans une erreur aussi grossière. Le type du Christ a été bien défini dans l’art par les maîtres anciens. S’ils éprouvent le besoin de représenter un sage ou un révolutionnaire, que ne prennent-ils Socrate, Franklin, Charlotte Corday, — tous ceux qu’ils voudront, — mais pas le Christ. C’est le seul auquel l’art ne doive pas oser toucher, et…

— Est-il vrai que ce Mikhaïlof soit dans la misère ? demanda Wronsky, qui pensait qu’en qualité de Mécène il devait songer à aider l’artiste, sans trop se préoccuper de la valeur de son tableau. Ne pourrions-nous lui demander de faire le portrait d’Anna Arcadievna ?

— Pourquoi le mien ? répondit celle-ci. Après le tien je n’en veux pas d’autre. Faisons plutôt celui