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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/157

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nomie de Golinitchef fit place à une satisfaction manifeste.

« Enchanté de te rencontrer ! dit Wronsky avec un sourire amical qui découvrit ses belles dents.

— On m’a dit ton nom, je ne savais pas si c’était toi ; très, très heureux…

— Mais entre donc. Que fais-tu ici ?

— J’y suis depuis plus d’un an. Je travaille.

— Vraiment ? dit Wronsky avec intérêt. Entrons donc. »

Et selon l’habitude propre aux Russes de parler français quand ils ne veulent pas être compris de leurs domestiques, il dit en français :

« Tu connais Mme Karénine ? nous voyageons ensemble, j’allais chez elle ». Et tout en parlant il examinait la physionomie de Golinitchef.

— Ah ! Je ne savais pas (il le savait parfaitement), répondit celui-ci avec indifférence.

— Y a-t-il longtemps que tu es ici ?

— Depuis trois jours », répondit Wronsky, continuant à observer son camarade.

« C’est un homme bien élevé, qui voit les choses dans leur véritable jour ; on peut le présenter à Anna », se dit-il, interprétant favorablement la façon dont Golinitchef venait de détourner la conversation.

Depuis qu’il voyageait avec Anna, Wronsky, à chaque rencontre nouvelle, avait éprouvé le même sentiment d’hésitation ; généralement les hommes avaient compris la situation « comme elle devait