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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/148

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attente, ainsi que le remords de ne rien regretter du passé, allaient avoir une fin ! Elle avait peur, c’était naturel, mais le moment présent n’était cependant que la sanctification de l’heure décisive qui remontait à six semaines.

Le prêtre, en se retournant vers le pupitre, saisit avec difficulté le petit anneau de Kitty pour le passer à la première jointure du doigt de Levine.

« Je t’unis, Constantin, serviteur de Dieu, à Catherine, servante de Dieu », et il répéta la même formule en passant un grand anneau au petit doigt délicat de Kitty.

Les mariés cherchaient à comprendre ce que l’on voulait d’eux, mais se trompaient chaque fois, et le prêtre les corrigeait à voix basse. On souriait, on chuchotait autour d’eux tandis qu’ils restaient sérieux et graves.

« Ô Dieu qui, dès le commencement du monde, as créé l’homme, continua le prêtre, et lui as donné la femme pour être son aide inséparable, bénis ton serviteur Constantin et ta servante Catherine, unis les esprits de ces époux, et verse dans leurs cœurs la foi, la concorde et l’amour. »

Levine sentait sa poitrine se gonfler, des larmes involontaires monter à ses yeux, et toutes ses pensées sur le mariage, sur l’avenir, se réduire à néant. Ce qui s’accomplissait pour lui avait une portée incomprise jusqu’ici, et qu’il comprenait moins que jamais.