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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/141

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grand’peine. Et dire qu’on n’y peut rien avec ces misérables gilets ouverts. Impossible ! ajoutait-il, regardant le plastron de sa chemise tout froissé. Et si mes malles sont déjà au chemin de fer ? criait-il hors de lui.

— Tu mettras la mienne.

— J’aurais dû commencer par là.

— Attends, cela s’arrangera. »

Lorsque, sur l’ordre de Levine, il avait emballé et fait porter chez les Cherbatzky, d’où ils devaient être expédiés au chemin de fer, tous les effets de son maître, le vieux domestique Kousma n’avait pas pensé à mettre de côté une chemise fraîche. Celle que Levine portait depuis le matin n’était pas mettable ; envoyer chez les Cherbatzky était trop long ; pas de magasins ouverts, c’était dimanche. On fit prendre une chemise chez Stépane Arcadiévitch ; elle parut ridiculement large et courte. En désespoir de cause, il fallut envoyer ouvrir les malles chez les Cherbatzky. Ainsi, tandis qu’on l’attendait à l’église, le malheureux marié se débattait dans sa chambre comme un animal féroce en cage.

Enfin le coupable Kousma se précipita hors d’haleine dans la chambre, une chemise à la main.

« Je suis arrivé juste à temps, on emportait les malles », s’écria-t-il.

Trois minutes après, Levine courait à toutes jambes dans le corridor, sans regarder sa montre pour ne pas augmenter ses tourments.

« Tu n’y changeras rien, lui disait Stépane Arcadiévitch