Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/128

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


« Le Christ assiste, invisible, à votre confession, dit-il se retournant vers Levine et désignant le crucifix. Croyez-vous à tout ce que nous enseigne la Sainte Église apostolique ? continua-t-il en croisant ses mains sous l’étole.

— J’ai douté, je doute encore de tout », dit Levine d’une voix qui résonna désagréablement à son oreille, et il se tut.

Le prêtre attendit quelques secondes, puis fermant les yeux et parlant très vite :

« Douter est le propre de la faiblesse humaine, nous devons prier le Seigneur tout-puissant de vous fortifier. Quels sont vos principaux péchés ? »

Le prêtre parlait sans la moindre interruption et comme s’il eût craint de perdre du temps.

« Mon péché principal est le doute, qui ne me quitte pas ; je doute de tout et presque toujours.

— Douter est le propre de la faiblesse humaine, répéta le prêtre, employant les mêmes mots ; de quoi doutez-vous principalement ?

— De tout. Je doute parfois même de l’existence de Dieu, — dit Levine presque malgré lui, effrayé de l’inconvenance de ces paroles. Mais elles ne semblèrent pas produire sur le prêtre l’impression qu’il redoutait.

— Quels doutes pouvez-vous donc avoir de l’existence de Dieu ? » demanda-t-il avec un sourire presque imperceptible.

Levine se tut.

« Quels doutes pouvez-vous avoir sur le Créateur quand vous contemplez ses œuvres ? Qui a décoré