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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/114

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crois nécessaires pour couper court à cette situation.

— Par conséquent tu trouves qu’il faut y couper court ? interrompit Karénine, mais comment ? ajouta-t-il en passant la main devant ses yeux avec un geste qui ne lui était pas habituel. Je ne vois pas d’issue possible !

— Toute situation, quelque pénible qu’elle soit, en a une, dit Oblonsky se levant et s’animant peu à peu. Tu parlais du divorce autrefois… Si tu t’es convaincu qu’il n’y a plus de bonheur commun possible entre vous…

— Le bonheur peut être compris de façons différentes : Admettons que je consente à tout ; comment sortirons-nous de là ?

— Si tu veux mon avis… — dit Stépane Arcadiévitch avec le même sourire onctueux qu’il avait employé avec sa sœur, et ce sourire était si persuasif, que Karénine, s’abandonnant à la faiblesse qui le dominait, fut tout disposé à croire son beau-frère. — Jamais elle ne dira ce qu’elle désire. Mais il est une chose qu’elle peut souhaiter, continua Stépane Arcadiévitch, c’est de rompre des liens qui ne peuvent que lui rappeler de cruels souvenirs. Selon moi, il est indispensable de rendre vos rapports plus clairs, et ce ne peut être qu’en reprenant mutuellement votre liberté.

— Le divorce ! interrompit avec dégoût Alexis Alexandrovitch.

— Oui, le divorce, je crois, répéta Stépane Arcadiévitch en rougissant. À tous les points de vue, c’est