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gieux, honnête, ou même le mariage, pas tout à fait honnête, celui où l’un des époux, comme chez nous l’homme, a connu beaucoup de femmes, ou même le mariage avec la possibilité du divorce, ou même le mariage civil, ou (allant plus loin) le mariage japonais temporaire ». Pourquoi ne pas aller jusqu’aux maisons de tolérance ? On dit que c’est mieux que la débauche de la rue.

Le malheur est précisément qu’en se permettant d’abaisser l’idéal par sa faiblesse, on ne peut trouver la limite ou s’arrêter.

Mais ce raisonnement est faux dès la base.

Tout d’abord il n’est pas juste que l’idéal de la perfection infinie ne puisse être le guide de la vie et qu’il faille, en le regardant, faire un geste de la main et dire qu’il est inutile puisque jamais on ne pourra l’atteindre, ou rabaisser l’idéal jusqu’à ce degré accessible à ma faiblesse.

Raisonner ainsi, c’est comme si le navigateur disait : « Puisque je ne peux pas suivre cette ligne que montre la boussole, je la jetterai ou cesserai de la regarder » ; c’est-à-dire je rejetterai l’idéal ou je fixerai l’aiguille de la boussole à l’endroit qui correspondra, au moment donné, à la marche de mon vaisseau ; c’est-à-dire j’abaisserai l’idéal jusqu’à ma faiblesse.

L’idéal de la perfection donné par le Christ n’est pas un rêve ou l’objet de discours rhétoriques, mais le guide moral de la vie des hommes le plus