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suite, la possibilité de l’atteindre est indéfinie. Si l’idéal pouvait être atteint, ou si même nous pouvions nous représenter sa réalisation, il cesserait d’être l’idéal.

Tel est l’idéal du Christ, l’établissement du royaume de Dieu sur la terre, l’idéal prédit encore par les prophètes : que le temps viendra où tous les hommes seront inspirés par Dieu, et fondront les épées en faux, où le lion se couchera près de l’agneau, et où tous les êtres seront unis par l’amour. Tout le sens de la vie humaine est enfermé dans le mouvement vers cet idéal ; c’est pourquoi l’aspiration vers l’idéal chrétien, et vers la chasteté comme une des conditions de cet idéal, non seulement n’exclut pas la possibilité de la vie, mais au contraire l’absence de cet idéal chrétien détruirait le mouvement en avant et la possibilité de la vie.

En disant que le genre humain périra quand les hommes aspireront de toutes leurs forces à la chasteté, on raisonne comme l’on ferait en disant que le genre humain périrait si les hommes, au lieu de la lutte pour l’existence, aspiraient de toutes leurs forces à la réalisation de l’amour des amis, des ennemis et de tous les êtres vivants.

Un pareil raisonnement découle de l’inintelligence des différences entre les deux moyens de direction morale.

De même qu’il y a deux moyens d’indiquer le