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rappelais. Le frère de Troukhatchevsky, une fois, à ma question s’il fréquentait les maisons publiques, répondit qu’un homme comme il faut ne va pas où l’on peut attraper une maladie, dans un endroit sale et ignoble, alors qu’on peut toujours trouver une femme distinguée. Et voilà, que lui, son frère, avait trouvé ma femme.

« Il est vrai qu’elle n’est plus de la première jeunesse. Il lui manque une dent sur le côté et son visage est un peu empâté, pensais-je pour Troukhatchevsky. Mais que faire ; il faut se contenter de ce qu’on a ! »

« Oui, il l’oblige en la prenant pour maîtresse, me disais-je, et puis elle n’est pas dangereuse pour sa précieuse santé ! Non, ce n’est pas possible, reprenais-je avec effroi, rien de semblable ne s’est passé ! Il n’y a pas même de raison de le supposer. Ne m’a-t-elle pas dit que l’idée même que je pouvais être jaloux d’elle, à cause de lui, était une humiliation pour elle ! Oui, mais elle mentait ; elle a toujours menti ! » me disais-je, et tout recommençait. Il n’y avait avec moi que deux voyageurs dans le wagon, une vieille femme et son mari, tous les deux peu causeurs ; même ils sortirent à l’une des stations me laissant seul. J’étais comme une bête en cage. Tantôt je bondissais et m’avançais vers la fenêtre ; tantôt je me mettais à marcher, ayant peine à me tenir debout, comme si j’avais espéré faire avancer le train plus vite, par