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De nouveau je me promène de long en large ; je fume. Au déjeuner, je bois de l’eau-de-vie et du vin et j’arrive à ce que je désire inconsciemment : ne plus voir la sottise, l’ignominie de ma situation.

Vers trois heures elle arrive. Elle me voit et ne dit rien. Je crois qu’elle vient apaisée. Je commence à lui dire que j’ai été provoqué par ses reproches. Elle me répond avec la même figure sévère et terriblement abattue, qu’elle n’est pas venue pour des explications mais pour prendre les enfants, et que nous ne pouvons plus vivre ensemble. Je lui réponds que ce n’est pas ma faute, qu’elle m’a mis hors de moi. Elle me regarde d’un air sévère et solennel et dit : « N’ajoute plus rien, tu t’en repentirais ! » Je riposte que je ne puis tolérer les comédies. Alors elle crie quelque chose que je ne comprends pas et s’élance vers sa chambre. La clef grince, elle s’enferme. Je pousse la porte ; pas de réponse. Furieux je m’en vais. Une demi-heure après, Lise arrive en courant, tout en larmes : « Quoi ? Est-il arrivé quelque chose ? On n’entend pas maman ! » Nous allons vers la chambre de ma femme. Je pousse la porte de toutes mes forces. Le verrou est mal tiré, les battants s’ouvrent, je m’approche du lit. En jupon, chaussée de hautes bottines, ma femme est couchée de travers sur le lit. Sur la table une fiole d’opium vide. Nous la rappelons à la vie. Des larmes ; enfin la réconcilia-