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toutes mes paroles, et chacun de ses mots à elle est imprégné de venin. Au point qu’elle sait le plus sensible, elle pique. Plus la querelle va, plus la fureur monte. Je crie : « Tais-toi ! » ou quelque chose de semblable.

Elle bondit hors de la chambre, court auprès des enfants. Je cherche à la retenir pour en finir ; je la saisis par le bras. Elle feint que je lui fais mal, elle crie : « Enfants, votre père me bat ! » Je crie : « Ne mens pas ! » Elle crie : « Ah ! ce n’est pas la première fois ! » ou quelque chose dans ce genre. Les enfants s’élancent vers elle. Elle les apaise. Je dis : « Hypocrisie ! » Elle reprend : « Tout est hypocrisie pour toi ; tu tuerais quelqu’un que tu dirais qu’il feint. Maintenant je l’ai compris, c’est là ce que tu veux. » « Oh ! si tu crevais ! » criai-je.

Je me souviens combien cette terrible parole m’épouvanta. Jamais je n’avais pensé que je pouvais prononcer des paroles aussi brutales, aussi effroyables, et je fus stupéfait de celles qui venaient de m’échapper. Je crie ces paroles terribles et m’enfuis dans mon cabinet. Je m’assieds et fume. Je l’entends qui passe dans l’antichambre et s’apprête à partir. Je lui demande : « Où vas-tu ? » Elle ne répond pas. « Bon ! que le diable l’emporte ! » me dis-je à moi-même en revenant dans mon cabinet où je me couche et me remets à fumer. Des milliers de plans de vengeance, de moyens de me débarrasser d’elle ou d’arranger cela et de faire comme