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pire. Nous n’avons pas d’excuses. Mais nous sommes tellement dépravés qu’une justification ne nous paraît pas nécessaire.

La majorité des gens de la société contemporaine s’adonne à cette débauche sans le moindre remords.

Nous n’avons plus de conscience, elle est remplacée par la crainte de l’opinion publique et du Code criminel, devenue pour ainsi dire la conscience. Mais dans le cas de débauche dont il s’agit, ni l’une ni l’autre ne sont atteints ; personne, dans la société, n’en rougit ; chacun la pratique — Marie Pavlovna, Ivan Zakaritch. À quoi bon multiplier les mendiants et se priver des joies de la vie mondaine ? Avoir de la conscience devant le Code criminel ou le craindre, il n’y a pas nécessité. Ce sont les filles ignobles, les femmes de soldats, qui jettent leurs enfants dans des mares ou dans des puits ; celles-là, il faut les mettre en prison ; mais chez nous la suppression se fait en temps opportun et proprement.

Nous vécûmes ainsi encore deux ans. Le moyen indiqué par les canailles de médecins avait réussi. Ma femme avait engraissé et embelli ; c’était la beauté de la maturité. Elle le sentait et s’occupait beaucoup de sa personne. Elle avait acquis cette beauté provocante qui trouble les hommes. Elle était dans tout l’éclat de la femme de trente ans qui ne fait plus d’enfants, se nourrit bien, est