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veau, des efforts désespérés, et, de nouveau, le salut. La situation était toujours analogue à celle d’un navire qui sombre. Parfois il me semblait qu’elle le faisait exprès, qu’elle feignait de s’inquiéter des enfants pour me subjuguer, pour obtenir en sa faveur la solution de toutes les questions. Parfois il me semblait que tout ce qu’elle disait et faisait en pareil cas elle le faisait et disait exprès. Mais non, elle souffrait terriblement à cause des enfants, à cause de leur santé, de leurs maladies. C’était une torture pour elle et pour moi aussi. Et elle ne pouvait ne pas souffrir. L’attraction qu’exercent les enfants, le besoin animal de les nourrir, de les soigner, de les défendre, étaient ce qu’ils sont chez la majorité des femmes, sans avoir ce qu’il y a chez les animaux : l’absence d’imagination et de raison. Une poule ne craint pas ce qui peut arriver à son poussin, elle ne connaît pas toutes les maladies qui peuvent l’atteindre, elle ne sait pas tous les moyens qu’imaginent les hommes, qui veulent triompher de la maladie et de la mort. Les enfants, pour la poule, ne sont pas une souffrance. Elle fait pour ses poussins ce qui lui est naturel de faire et lui procure de la joie. Les enfants, pour elle, c’est du plaisir. Quand un poussin tombe malade, les soins de la poule sont très définis : elle le réchauffe, le nourrit, et, faisant cela, elle sait qu’elle fait tout ce qui est nécessaire. Si le poussin crève, elle ne se demande pas pour-