Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol27.djvu/311

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Excusez-moi, peut-être vous est-il pénible d’en parler ?

— Non, rien. C’est ma belle-soeur et mon frère qui les ont pris. Ils ne me les ont pas donnés. Moi je leur ai abandonné ma fortune, mais eux ne m’ont pas donné les enfants. On me considère comme fou. Maintenant je reviens de chez eux. Je les ai vus ; mais ils ne me les donneront pas. Autrement je les élèverais pour qu’ils ne soient pas comme leurs parents. Et il faut qu’ils soient pareils. Mais que faire ! C’est compréhensible qu’on ne me les donnera pas et ne me croira pas. Et je ne sais pas si j’aurais la force de les élever. Je pense que non. Je suis une ruine, un malheureux. Je n’ai qu’une seule chose : je sais. Oui, c’est sûr, je sais quelque chose que tous ne sauront peut-être pas de sitôt. Oui, les enfants vivent et grandiront aussi sauvages que tous ceux qui les entourent. Je les ai vus trois fois. Je ne puis rien faire pour eux. Je retourne maintenant chez moi, dans le Midi. Là-bas, j’ai une maisonnette et un jardin.

Oui, beaucoup de temps s’écoulera encore avant que les hommes sachent ce que je sais. La quantité du fer et le nombre des métaux qui existent dans le soleil et les étoiles, cela on peut l’apprendre vite, mais ce qui dénonce notre abomination, voilà ce qu’il est très difficile de savoir !

Vous écoutez au moins, je vous en suis reconnaissant.