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humain ? reprit-il en s’asseyant en face de moi, et s’accoudant sur ses genoux largement écartés. Mais pourquoi le genre humain doit-il se perpétuer ? dit-il.

— Comment, pourquoi ? Mais alors nous n’existerions pas.

— Et pourquoi faut-il que nous existions ?

— Comment pourquoi ? Pour vivre.

— Et pourquoi vivre ? S’il n’y a aucun but, si la vie nous est donnée pour elle-même, alors ce n’est pas la peine de vivre. Et, s’il en est ainsi, alors les Schopenhauer, les Hartmann, tous les bouddhistes ont raison. Mais si la vie a un but, alors il est clair qu’elle doit cesser quand le but est atteint. Et il en est vraiment ainsi, dit-il, tout ému par cette idée à laquelle, évidemment, il tenait beaucoup. Il en est ainsi. Suivez-moi : Si l’Humanité a pour but le bien-être, le bonheur, l’amour, comme vous voulez, si le but de l’Humanité, comme il est dit dans les Prophètes, est que tous les hommes soient unis par l’amour, que des épées on forge des faux, etc. ; alors qu’est-ce qui l’empêche d’atteindre ce but ? Les passions. Or, parmi les passions, la plus forte, la plus mauvaise, la plus tenace, c’est l’amour sexuel.

De sorte que si les passions disparaissaient, et avec elles la dernière, la plus forte, l’amour sexuel, alors la prophétie serait réalisée : l’union serait accomplie ; l’Humanité, dès lors, aurait exécuté la