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C’est la même chose probablement pour les personnes qui ont passé par les abominations de la lune de miel et qui n’en désillusionnent pas les autres. Je fis de même, je ne désillusionnai personne. Mais je ne vois pas maintenant pourquoi ne pas dire la vérité. Je crois même qu’il est nécessaire de la dire. C’est une période de malaise, de honte, de pitié et surtout d’ennui, d’ennui féroce ! C’est à peu près ce que j’éprouvai quand je commençai à fumer : j’avais envie de vomir, je bavais et avalais ma bave en feignant d’y prendre plaisir. Le plaisir amoureux comme le plaisir de fumer, s’il arrive, n’arrive qu’après. Il faut que les époux fassent l’éducation de ce vice avant d’en éprouver du plaisir.

— Comment, vice ? demandai-je. Mais vous parlez d’une chose des plus naturelles.

— Naturelles ? fit-il. Naturelles ? Non, moi je suis arrivé à la conviction au contraire que ce n’est pas… naturel. Oui, ce n’est pas naturel du tout. Demandez aux enfants, demandez à une jeune fille non dépravée. Ma sœur se maria très jeune avec un homme qui avait le double de son âge, un débauché.

Je me rappelle quel étonnement fut le nôtre quand, la nuit de ses noces, pâle, tout en larmes, elle s’enfuit de son époux, tremblant de tout son corps et disant que pour rien au monde elle ne saurait même dire ce qu’il voulait d’elle.

Vous dites : naturel !

Manger est naturel. C’est une fonction heureuse,