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que un pour cent, peut-être moins, nous, les noceurs, qui avons imaginé que cette mode était mauvaise et avons inventé autre chose. Et cette autre chose qu’est-ce ? C’est que les jeunes filles sont assises et que les messieurs se promènent comme dans un bazar, et font leur choix. Les vierges attendent et pensent, sans vous le dire : « Prends-moi, jeune homme ! Non, moi ! Pas elle, mais moi : regarde ces épaules et le reste ». Et nous, les hommes, nous nous promenons, estimons du regard la marchandise et nous sommes très satisfaits ? « Je sais tout et je ne me laisserai pas tromper ».

Ils se promènent, regardent et sont très contents que cela soit si bien arrangé pour eux. Mais si l’on n’y veille pas, ça y est : on est pris !

— Que faire donc ? lui dis-je. Est-ce à la femme de faire la proposition ?

— Je ne sais pas ; mais s’il s’agit d’égalité, que l’égalité soit complète. On a trouvé humiliant de se marier par l’intermédiaire des marieuses, c’est pourtant mille fois préférable. Là les droits et les chances sont égaux ; ici la femme est une esclave exposée au marché ou un appât dans un piège. Essayez de dire à une mère ou à une jeune fille la vérité : qu’elles ne sont préoccupées que de la chasse au mari. Dieu quelle offense ! Cependant elles ne peuvent pas faire autre chose et n’ont pas autre chose à faire. Ce qui est terrible c’est de