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tion de la voie ferrée. La nourriture ordinaire d’un paysan, c’est du pain, du kvass, des oignons ; et il vit, il est dispos, bien portant ; il fait les travaux légers des champs. Il travaille au chemin de fer et sa nourriture se compose maintenant de gruau et d’une livre de viande. Seulement cette viande il la restitue en un labeur de seize heures en poussant un wagonnet de trente pouds. Et c’est bien comme ça. Mais nous, qui mangeons deux livres de viande, de gibier, de poisson, nous qui absorbons toute espèce de boissons et de nourritures échauffantes, comment dépensons-nous cela ? En des excès sensuels. Si la soupape est ouverte, tout va bien, mais fermez-la, comme je l’avais fermée temporairement, et aussitôt il en résultera une existence qui, en passant à travers le prisme de notre vie artificielle, s’exprimera par le sentiment amoureux le plus pur, parfois même platonique. Et je suis tombé amoureux comme tout le monde.

Tout y était : des transports, des attendrissements, de la poésie. Mais en réalité, mon amour était préparé d’un côté par la maman et les couturières, et d’un autre côté par l’abondance de la nourriture absorbée, et une vie trop oisive. S’il n’y avait pas eu de promenades en bateau, de vêtements bien ajustés, etc., si ma femme avait porté quelque blouse informe et que je l’eusse vue ainsi chez elle, d’autre part si j’eusse été un homme dans les conditions normales, qui absorbe la nourriture