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IV

— Oui, c’est après avoir souffert comme j’ai souffert, c’est après cela seulement que j’ai compris quelle est la cause de tout, que j’ai compris ce qui doit être, et qu’ainsi j’ai vu l’horreur de ce qui est.

Alors voici quand et comment a commencé ce qui a produit cet épisode. Il faut remonter à ma seizième année. J’étais encore au lycée et mon frère aîné était étudiant de première année. Je ne connaissais pas encore les femmes, mais comme tous les malheureux enfants de notre société je n’étais déjà plus innocent : depuis plus d’un an j’étais débauché par les gamins, et déjà la femme, non une certaine femme, mais la femme, en général, comme quelque chose de délectable, la nudité de la femme, me torturait déjà. Ma solitude n’était plus pure. J’étais tourmenté comme le sont quatre-vingt-dix-neuf pour cent de nos gar-